
Publication originale
La publication d’origine fait foi.
Lettre ouverte aux Tunisiennes et aux Tunisiens à l’occasion du soixantième anniversaire de l’indépendance :
La patrie d’abord
20 mars 1956 / 20 mars 2016 : soixante ans se sont écoulés depuis l’indépendance de la Tunisie. En ces jours où nous vivons au rythme de ce glorieux anniversaire, j’ai voulu m’adresser à tous les Tunisiens, à ceux qui ont vécu l’événement et goûté la plus grande joie qu’ait connue la patrie, comme à ceux qui en ont perpétué la mémoire, porté l’étendard et gardé la flamme vivante.
1- La fête de l’indépendance est l’occasion de rejeter l’exclusion, la marginalisation et toute forme de discrimination entre Tunisiens, et un appel à l’unité, au rassemblement et à la réconciliation entre tous les enfants de ce peuple… Notre force est dans notre unité ; dans nos divisions, notre faiblesse et notre abaissement… Du fond du cœur, et depuis cette tribune, j’appelle les Tunisiens à choisir une réconciliation globale et sincère entre eux, avec eux-mêmes, avec leurs constantes et avec leur patrie… Une réconciliation dont nous ferons le carburant de nos combats contre le terrorisme, la pauvreté, le chômage et la marginalisation.
2- La fête de l’indépendance est l’occasion d’affirmer avec force et constance la souveraineté et l’indépendance de la décision nationale, à un moment où se multiplient les menaces et les dangers extérieurs qui visent à ébranler la stabilité et la sécurité du pays… Notre pays mène aujourd’hui contre le terrorisme une guerre face au danger extérieur le plus féroce, le plus atroce et le plus redoutable qu’il ait connu.
La fête de l’indépendance vient nous rappeler que la souveraineté nationale est un acquis précieux et chèrement payé, dont on ne peut rien céder, et que nous devons consentir tous les sacrifices pour la préserver et la protéger… Nos soldats et nos valeureuses forces de sécurité ont commencé à éclairer la route de leur sang et de leur vie ; il nous revient de suivre leur chemin et de porter l’étendard à leurs côtés.
3- Cet anniversaire nous rappelle que la Tunisie, pays modeste par sa géographie et ses ressources naturelles… a toujours été à l’avant-garde pour répondre aux aspirations de son peuple à une vie digne et au progrès, grâce à la détermination de ses enfants et à leur volonté de relever tous les défis… Le principe de la « volonté nationale » a été une constante, incarnée dans les combats de l’indépendance et du développement, dans la construction de l’État moderne, l’émancipation de la femme et la défense des droits humains, de la liberté et de la dignité… La « volonté nationale » a toujours été notre arme contre tous les déterminismes qui voudraient réduire notre existence aux limites de notre géographie… Cette « volonté nationale », je vous invite, enfants de ma patrie, à en faire notre phare face au désespoir, au découragement et à l’abattement.
4- Tous ceux qui ont vécu ce moment heureux et intense étaient partagés entre deux joies : la joie de se libérer des chaînes du colonisateur et de mettre fin à des souffrances qui avaient duré trois quarts de siècle, mais aussi et surtout la joie d’accueillir une ère nouvelle et l’espoir d’un avenir meilleur…
Oui, enfants de ma patrie, la plus belle victoire sur les difficultés et les crises, quelle qu’en soit la gravité, est de ne pas laisser vaciller la confiance, de rester attachés à l’espoir d’un avenir meilleur et à notre capacité collective, si Dieu le veut, à surmonter les épreuves et à affronter les défis… « La confiance en un avenir meilleur », les grands peuples en ont fait le carburant de leurs combats ; faisons-en, en Tunisie, une foi… la foi du croyant qui s’en remet à Dieu et ne craint pas l’avenir, si difficile que soit sa situation…
5- La joie de l’indépendance n’a pas fait oublier aux Tunisiens l’ampleur des défis qui les attendaient pour entreprendre la construction d’un État moderne et fort, qui réponde à leurs aspirations et soit à la hauteur des immenses sacrifices consentis dans leur lutte contre le colonisateur… Pour les Tunisiens, le jour de la joie fut aussi celui où l’on retroussa ses manches pour travailler, donner et faire effort, afin que se réalise leur espoir d’un avenir meilleur…
Enfants de ma patrie, nous ne sortirons de la confusion, de la résignation et de la médiocrité actuelles qu’en restaurant la valeur du travail et en lui rendant la place qui lui revient, dans une patrie dont le destin est de travailler… de travailler plus que d’autres… de travailler mieux que d’autres…
Enfants de ma patrie : l’unité nationale, la souveraineté nationale, la volonté nationale, l’espoir et le travail sont les constantes et les valeurs qui ont apporté l’indépendance, qui l’ont préservée, ont protégé le pays de tous les dangers et ont offert au monde l’exception tunisienne… J’ai voulu aujourd’hui les rappeler, pour que nous nous y tenions fermement et que nous les fassions vivre de nouveau… J’ai voulu partager avec vous leur portée symbolique et leur importance, mais aussi m’engager devant vous tous, alors que je me prépare ces jours-ci à lancer et à mener avec vous une expérience politique nouvelle et singulière, à leur rester fidèle, à œuvrer à les préserver, à les faire vivre et à les diffuser, et à veiller à ce que le principe qui nous guide tous soit :
« La patrie d’abord ».
Vive la Tunisie libre et digne.
Mondher Zenaidi