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Mondher ZenaidiSite officiel

Un gouvernement du « devoir national »

Tribune publiée dans Assabah en réaction à l’initiative du président Béji Caïd Essebsi : un gouvernement d’union nationale conçu comme un gouvernement de missions et de réformes, au-dessus des quotes-parts partisanes.

Coupure du journal Assabah : la tribune en arabe sur trois colonnes, avec la photo de Mondher Zenaidi
Assabah — page Facebook de Mondher Zenaidi

Publication originale

Facebook

La publication d’origine fait foi.

Capture de la publication originale

Gouvernement d’union nationale…

Gouvernement du « devoir national »

J’ai suivi avec une grande attention, comme beaucoup de Tunisiens, l’annonce faite par le président Béji Caïd Essebsi, lors de son entretien sur la chaîne nationale, d’une initiative politique : l’appel à former un gouvernement d’union nationale qui réponde aux exigences d’une période dont les Tunisiens s’accordent à reconnaître la gravité…

Je souhaite, à cette occasion, réagir à cette initiative de valeur qui, même si elle arrive quelque peu tard, constitue un événement politique majeur dont nous devons tous veiller à la réussite, comme nous le dicte le devoir de responsabilité nationale dans la conjoncture délicate que traverse notre pays.

Premièrement, sur la forme :

Il faut saluer l’audace et le courage dont a fait preuve le président de la République, qui a pleinement assumé sa responsabilité dans un moment difficile qui ne souffre aucune attente… Cela revient en soi à rendre sa considération à la fonction présidentielle, marginalisée et affaiblie dans un système politique où l’autorité a tant souffert que les Tunisiens se sont demandé s’il y avait encore un capitaine à bord du navire de la patrie… un dirigeant qui indique le cap et rassure les Tunisiens.

Mais le courage, comme la responsabilité, ne se partage pas et ne souffre pas l’équivoque… Le président ne doit pas être seulement une force de proposition ; il doit aussi, et surtout, être le garant de la réussite de l’initiative et veiller à sa bonne conduite, de la phase de discussion à celle de la mise en œuvre et de l’exécution… sans que cela contrevienne à l’esprit de la Constitution, d’autant qu’il sera soutenu par une légitimité populaire, nourrie par l’aspiration des Tunisiens à des solutions de fond pour améliorer leur condition…

Voilà pour la forme. Quant au fond, il faut définir ce que nous entendons par gouvernement d’union nationale… La question essentielle à laquelle nous devons répondre avant de nous engager dans une aventure aux conséquences inconnues est la suivante : le gouvernement d’union nationale n’est-il qu’une équation arithmétique réunissant la plus large participation politique possible ? Cela ne changerait rien : le premier puis le second gouvernement Essid ont bénéficié d’une majorité politique et parlementaire écrasante, mais il leur a manqué un large soutien populaire… Et l’expérience nous a appris que plus la participation s’élargit (troïka, quartet, indépendants…), plus la décision se bloque et plus les réformes sont reportées…

Mieux vaut le présenter comme un gouvernement qui protège, soutient, rassemble et incarne la valeur de l’unité nationale… une valeur dont les Tunisiens s’accordent à dire qu’elle est notre arme dans nos combats contre le terrorisme, la pauvreté, la marginalisation, l’injustice sociale, la corruption et la contrebande… Que vaut un gouvernement uni si le peuple est déchiré, divisé en catégories, en tribus et en classes…

Le virus le plus dangereux qui puisse frapper cette initiative serait que les narcissismes et les intérêts catégoriels la détournent pour la ramener à une case dont les Tunisiens sont las et qu’ils rejettent : celle du partage des quotes-parts…

C’est peut-être un paradoxe : la réussite de l’initiative réside dans un gouvernement qui se tienne à égale distance de tous… afin d’obtenir le plus large soutien de tous…

Ce n’est pas un gouvernement de partis, mais un gouvernement soutenu par les partis… C’est un gouvernement d’action, de missions et de réformes profondes, non un gouvernement d’honneurs et de partage… C’est un gouvernement qui gère l’urgent, non un gouvernement qui ajourne et gagne du temps.

Le nom qui conviendrait peut-être le mieux à un tel gouvernement est celui de gouvernement du « devoir national »…

Gouvernement du « devoir national »

Le gouvernement du « devoir national » exige que le quartet au pouvoir ne s’accroche pas à sa part du pouvoir et que l’opposition ne se dérobe pas sous prétexte de ne pas vouloir partager l’échec… Le gouvernement du « devoir national » est un gouvernement chargé de missions, fondé sur des priorités et des échéances, défini par des objectifs et encadré dans le temps… Une fois arrêtées les missions et les fonctions, et désignés ceux qui les assumeront (loin des considérations partisanes), le gouvernement obtient le plus large soutien politique, civil et populaire possible ; c’est alors seulement que l’on pourra parler de gouvernement d’union nationale… Cela rejoint peut-être la position de l’Union générale tunisienne du travail, qui se considère comme partenaire du dialogue et de l’élaboration de la vision, non du pouvoir.

Le gouvernement du « devoir national » est un gouvernement où s’équilibrent deux valeurs, la force et la justice… deux valeurs auxquelles le président a fait référence en soulignant la nécessité d’incarner l’État de droit… l’État fort… qui n’hésite pas à appliquer la loi à tous, mais qui est aussi un État juste, dans sa justice comme dans la répartition de ses richesses…

Le gouvernement du « devoir national » est un gouvernement où l’on ne se partage ni l’échec ni le butin… un gouvernement où se partage équitablement un principe que nul ne monopolise et dont nul n’est exclu : le patriotisme.

Si nous voulons aller loin dans cette initiative, nous devons accepter que la présidence de la République conduise un dialogue portant sur les missions, les priorités et l’élaboration d’une feuille de route, puis sur le choix de l’homme le plus apte et de la meilleure équipe pour mettre en œuvre, dans un délai déterminé, ce dont les Tunisiens ont besoin et ce sur quoi les participants au dialogue se seront accordés…

Le président de la République a l’occasion historique de tirer les leçons des expériences du passé récent, d’inverser l’équation et de faire prévaloir le bon sens : définir d’abord les idées, les projets et les programmes, puis choisir les personnes… Si, au contraire, les personnes l’emportent de nouveau et font encore passer les ambitions et les narcissismes avant les projets et les programmes, nous aurons fait perdre à la Tunisie une occasion de se ressaisir et de prendre son essor, et un temps précieux qui pourrait ne jamais revenir.

Mondher Zenaidi